Les Silver ont autant besoin d’accompagnement que les jeunes entrepreneurs

Eustache part à la rencontre des Silver Entrepreneurs, afin de faire le focus sur leurs attentes, leurs motivations, leurs besoins. Nous avons eu l’occasion d’échanger avec Pierre Hom, consultant en qualité converti à l’entrepreneuriat après avoir fait carrière chez Valeo, convaincu du besoin d’accompagnement pour le Silver Entrepreneur : « J’ai commencé dans l’automobile, chez Valeo en Région Parisienne. Au bout de quelques années, je suis allé à Nogent-le-Rotrou en usine de production. Quelques mois après mon arrivée, un transfert industriel m’a amené à la Suze-sur-Sarthe. J’ai « suivi le produit » en tant qu’expert produit, et j’avais déjà commencé à pratiquer la qualité. J’ai ensuite alterné avec des périodes de gestion de projet, avant de prendre la responsabilité qualité du site. Ce que Siemens avait dans les tuyaux dès 1995, au moment de racheter Valeo, s’est concrétisé en 2015, soit la fermeture du site de la Suze-sur-Sarthe. D’où mon départ ».

Un événement aux allures de signal, pointant vers une réinitialisation des choix de carrière : « Ce tournant m’aura donné l’occasion de me demander ce que je voulais faire, de raviver des projets réfléchis dès 2005, qui étaient de me lancer dans l’entrepreneuriat. A l’époque, j’avais dans l’idée d’y aller progressivement, par une découverte, en lançant une activité que j’aurais fait en parallèle de mon emploi. Je crois que je n’ai pas réussi à vendre cela correctement à ma famille, donc ça ne s’est pas fait ! Je suis finalement revenu à ce projet sous une forme différente ».

Pierre Hom Silver Entrepreneur consultant
Pierre Hom Silver Entrepreneur consultant

La forme prévaut effectivement au moment de valider son lancement, autant que les avantages à se lancer tardivement : « On parle de Silver Entrepreneuriat, il peut y avoir plusieurs cas de figure. Le mien était d’arriver disons en « fin de parcours » avec un capital retraite quasiment constitué. La difficulté de trouver rapidement un emploi lorsque l’on a pas constitué de réseau empêchant de passer par le marché caché, la succession de mes parents pouvant amener un petit capital, les enfants finissant les études, les conditions de mon départ dans mon ancienne entreprise : tout cela m’a convaincu de me lancer en consultant en qualité ». Le Silver Entrepreneuriat revêt de fait des avantages non négligeables, l’âge n’étant pas un handicap, mais une force : « Le cap des 45 ans signifie que les enfants sont en passe de terminer leurs études, ou qu’ils sont déjà autonomes. Pour l’entrepreneur, entre guillemets, c’est un souci en moins et une liberté supplémentaire. Avec des enfants, le salariat est de base plus adapté. Avant de me lancer, je me suis posé la question : qu’est-ce que je risque ? Pour moi, c’est de ne pas valider entièrement ma retraite, c’est donc limité dans un sens. Suivant le besoin de l’entrepreneur, il y a besoin d’adapter le statut et les « options ». J’ai fait une SASU car je n’ai pas encore le réseau ou trouvé le partenaire ».

De l’importance du réseau et de l’accompagnement

Le fait d’être qualifié de Silver Entrepreneur ne dispense évidemment pas de choisir un accompagnements comme le ferait un entrepreneur plus jeune. Plus encore, ce statut met face à la plupart des mêmes contradictions. Profiter d’une grande expertise n’est pas suffisant pour espérer se faire une place sur le marché, et une formation aidant à construire et réfléchir la commercialisation de son offre est définitivement une piste à explorer : « J’ai une expertise, je peux la vendre, c’est ce que je fais d’ailleurs dans les missions de transition. Mais en tant que consultant, je vends également mon C.V. et un savoir-faire. J’aime construire, et pour construire, il faut proposer des choses, analyser, avoir une vision. Entre le conseil et la mission de conseil, la posture est différente. J’ai fait des formations pour assoir mon offre, j’ai un package à proposer dans le domaine de la qualité car c’est là-dessus que je me sens légitime et que je peux rassurer. Par contre ce que je veux développer, c’est du conseil. Pour cela, je me fais accompagner – par un consultant du réseau RES-SOURCE des Pays de la Loire – pour justement savoir comment construire, positionner et vendre mon offre. On a beau dire, on se cherche un moment, et on n’a pas le temps. J’entends dire « je suis freelance, je ne vois pas pourquoi on me dit que je me lance dans l’entrepreneuriat ». Au bout du bout, il y a une offre qui est construite, et il faut savoir la vendre. Si on ne le vend pas, l’entreprise n’existe plus. Le fait d’en prendre conscience d’entrée de jeu pousse à avoir un positionnement différent, et les prospects vont le voir. La majorité des profils qui se lancent pour vendre leurs compétences techniques abandonnent dans les 3 ans, parce qu’ils n’arrivent pas à développer leur affaire. Il y a l’histoire du réseau, du positionnement, et du revenu, évidemment. Le profil type de l’entrepreneur arrive avec de l’énergie à revendre, une trésorerie, mais ça ne suffit pas pour convaincre les prospects. » L’équation formation plus réseau paraît pour Pierre Hom celle à appliquer : « Le réseau est primordial pour échanger, les entrepreneurs et dirigeants d’entreprises bien installés l’ont compris, je l’ai saisi maintenant. L’intérêt que j’ai vu dans le réseau RES-SOURCE, c’est l’envie d’échanger. J’ai trouvé un bon esprit dans ce réseau où l’envie de construire, de se faire connaître, domine. Il faut se rencontrer, le contact physique reste primordial dans la relation de confiance que l’on souhaite établir. Être membre de réseaux est capital. Pour les échanges, les opportunités, mais aussi parce que cela permet de ne pas rester seul dans son coin, chez soi, de se recaler au bon niveau, de se booster et d’éviter de se décourager dans les premiers temps. Rencontrer des gens qui ont les mêmes problématiques, tout cela joue sur le moral positivement, et sur le chiffre d’affaires. Cela sert aussi pour accéder à des informations. C’est aussi pour cela que j’évolue avec des entreprises de portage salarial, intéressantes en terme de réseaux. » Ce format en plein essor, par exemple proposé par notre partenaire AD’Missions, sert largement les intérêts des entrepreneurs en phase de lancement : « Le portage salarial est une excellente solution de transition, parce qu’elle permet dans un premier temps de créer son réseau et de voir l’envie que l’on a d’avancer sur le sujet. C’est un statut parfois provisoire, mais intéressant qui offre de rencontrer des gens, de rassurer ses prospects, de se rassurer soi-même. »

Revendiquant une connaissance technique avancée de fait de son expérience, Pierre Hom avoue par contre des lacunes avec les outils numériques, un problème qui s’il est effectivement identifié auprès des Silver Entrepreneurs, peut aisément être dépassé : « Par rapport aux outils connectés, je me sens vulnérable et rapidement dépassé. D’où l’intérêt d’acheter des formations et des prestations, sans hésiter. Cela peut faire gagner beaucoup de temps. Comment faire les bons choix, c’est quelque chose où je ne me sens pas à l’aise, je faisais confiance aux personnes en charge de ce point dans mon ancienne entreprise. J’ai peur de prendre un peu de retard. Les Silver ont autant besoin d’accompagnement que les jeunes entrepreneurs. Un indépendant n’a pas forcément le temps de faire une veille sur la manière de gérer sa facturation, d’effectuer des relances, etc. Il a déjà sa propre expertise à mettre à jour et son offre à faire évoluer. S’il doit faire cela en plus, ça risque de lui coûter cher. »

Le mot de la fin se réclame comme un conseil avisé doublé d’une vision : « Pour se lancer, il faut aimer l’entreprise. On peut avoir une bonne idée, avoir envie de la valoriser, et dans ce cas on vit une aventure. Mais il ne faut pas oublier que cette aventure, pour qu’elle vive, il faut qu’elle ait un résultat financier, il faut mettre en oeuvre un certain nombre de stratégies, il y a des règles, des contraintes à suivre, et ça, ça s’appelle l’entreprise. Et l’entreprise, ça se fait avec les hommes. Il faut aimer l’entreprise dans ce sens là. Il faut savoir partager et être ouvert aux autres pour espérer réussir. Il ne faut jamais rester dans son coin. Seul, on ne fait rien. »