Carole Chanlaut : « Nous avons des vies qui ne permettent pas de se reposer 5 minutes »

En cette période de crise et de confinement, Eustache questionne des profils ayant fait le choix de l’entrepreneuriat, et vivant chacun à leur façon une nouvelle routine imposée, chez soi. 

Nous avons échangé avec Carole Chanlaut, qui se décrit comme « une millennial […] née dans les années 60 », ayant eu l’occasion d’exercer plusieurs métiers : « J’ai déjà exercé trois métiers. Juriste tout d’abord, j’ai travaillé dans des cabinets d’avocats américains. Ensuite, comme c’était la grande époque des opérations sur les marchés, les OPA, etc. j’ai préféré rejoindre la banque et évoluer dans un environnement plus opérationnel qu’un cabinet d’avocat. Et plus encore quand on est junior : on reste dans des consultations qui sont trop théoriques de mon point de vue. J’ai donc été démarchée par une banque, qui présente la particularité d’avoir comme clientèle les grands groupes familiaux français. Comme ce point de vue m’intéressait, j’ai accepté un poste en tant juriste, pour ensuite évoluer au poste de secrétaire générale de tous les fonds d’investissement dédiés aux groupes familiaux de la banque. De fil en aiguille, j’étais ce qu’on appelle aujourd’hui un « senior banker adviser » pour les groupes familiaux, j’étais directement rattachée au Président. Au lieu de vendre les prestations de la banque à un client, je défendais la position du client vis à vis des autres services de la banque. Un point de vue révolutionnaire à l’époque. » 

Carole Chanlaut
Carole Chanlaut

Mais le début des années 2000 marquera un tournant, décidant la future entrepreneuse à amorcer un nouveau virage, cette fois plus radical : « En 2004, suite aux plans sociaux, licenciements, etc. j’ai décidé de prendre un nouveau virage, après 17 ans de bons et loyaux services. Ce que j’avais mis en place allait disparaître, c’était le bon moment pour faire une pause. Et puis, j’avais besoin de me reposer, j’avais vécu à 100 à l’heure pendant 20 ans, j’ai eu deux alertes cardiaques, j’étais en surmenage total depuis un moment. Cela fait donc 15 ans que j’ai quitté le monde de l’entreprise en tant que salariée. » La question de l’après ne s’est pas posée longtemps, le choix de la continuité, bien qu’abordée sous un angle différent, l’ayant emporté : « Je me suis dit que j’allais continuer à faire ce que je fais bien, et donc à conseiller des dirigeants. Lors de ma précédente carrière, je m’étais rendue compte à quel point nous avions besoin d’un outil numérique pour permettre au conseil d’Administration de travailler efficacement. En 2005, j’ai imaginé avec d’autres consultants une plate forme collaborative dédiés aux Conseils d’Administration.  C’était assez révolutionnaire de poser des questions sur un site Internet et de faire en sorte que les membres du conseil aillent les consulter. J’ai travaillé durant deux ans sur cette plate-forme. »

Une première approche de l’entrepreneuriat qui aura servi de tremplin vers une réflexion encore plus poussée, pour envisager une approche plus en accord encore avec soi-même : « De fil en aiguille, je me suis intéressée à d’autres disciplines qui n’ont strictement rien à voir et que j’avais découvert au fil des années. Je m’étais dit : « Quand j’aurais le temps, ce qui n’arrive jamais, je regarderais à cela ». L’une des disciplines ayant attiré mon attention est en rapport avec l’énergétique chinoise et notamment ses déclinaisons qui sont le Feng Shui pour l’aménagement de l’espace mais aussi ce qu’on appelle aujourd’hui les cartes énergétiques. C’est à la fois un outil d’aide à la décision et un outil de développement personnel. Aujourd’hui, c’est mon activité à 80%, mais je l’ai développée en une dizaine d’années. Déjà parce que ça demande beaucoup de réflexion, et parce qu’il a fallu faire une adaptation, sans pour autant perdre le côté pragmatique. Les Chinois utilisent principalement des images qui parlent à leur ADN asiatique, alors que nous devons établir une résonance avec notre ADN occidental. J’ai traduit ça en images de l’histoire de France. Et maintenant, je coache des dirigeants d’entreprises  ou des professionnels qui ont subi une sortie de route, personnelle ou professionnelle, un divorce, une reconversion, une rupture ou la séparation d’avec un associé, etc. C’est l’occasion de se reconstruire et de devenir plus fort mais surtout d’avancer en étant plus en accord avec soi. Nous créons une relation de confiance qui va les suivre lorsqu’ils seront remis sur pieds. » 

Pour autant, ces différentes reconversions n’auront pas nécessité un accompagnement poussé, si ce n’est pour aborder des pans techniques : « Je n’ai pas vraiment été accompagnée, parce que j’ai une capacité naturelle à trouver des associés à et à travailler avec des gens. J’ai toujours fait comme cela, je suis dans le travail collaboratif depuis que j’ai 30 ans. J’ai surtout eu la chance de travailler avec des gens qui étaient comme moi ! Je n’ai pas eu besoin d’aide pour trouver des partenaires, je n’ai pas eu besoin d’aide sur le plan juridique ou pour faire mes business plans et ma comptabilité. Le seul moment où j’ai vraiment eu besoin d’être accompagnée, c’est pour créer mon site Internet. Là, j’avais besoin d’aide, sur tous les pans connectés à Internet en fait, mais c’est assez récent. » 

Un cas de figure finalement assez rare, ce qui n’empêche pas l’entrepreneuse de conseiller l’accompagnement, et plus encore la nécessité de faire le point dans sa vie privée pour mieux aborder sa carrière professionnelle : «Il m’est difficile de donner des conseils très généraux, sauf un : il faut faire un point. Le conseil que je donnerais, ce serait celui de prendre le temps de faire un peu de développement sur le plan personnel avant de se relancer sur le plan professionnel. Et c’est aussi le conseil que je vois désormais chez les jeunes qui développent des start-up. Pour être un bon dirigeant de start-up, il faut être à l’aise avec soi, bien se connaître sur le plan personnel avant d’aller manager les autres. L’accompagnement est important, pour soi, pour « débroussailler » toutes les petites choses accumulées depuis des années, et qui vont de toute façon nous bloquer à un moment ou un autre lorsqu’il faudra développer l’entreprise. Les profils ayant déjà fait énormément de développement personnel n’auront pas besoin de passer par là, mais c’est assez rare. Mine de rien, nous n’avons pas le temps, nous ne pouvons pas tout faire. Nous sommes investis dans une affaire à 100%, dans une vie de famille, etc. Nous avons des vies qui ne permettent pas de se reposer 5 minutes. » 

La crise du COVID-19, subie de plein fouet et aux conséquences encore incertaines, a évidemment impacté le quotidien de cette juriste de formation, ayant pris le pari de distiller son savoir-faire en ligne, tout du moins le temps du confinement : « Il y a un an très exactement, j’ai intégré une formation chez LiveMentor, qui s’appelle Socrate. L’idée était de développer des formations en ligne. J’aime que les clients soient autonomes et puissent utiliser mes outils simplement. C’est pourquoi j’ai mis au point un atelier pour les aider à comprendre les principes de l’énergie et les utiliser dans sa vie quotidienne pour optimiser ses actions. Pour prendre un exemple historique, il faut suivre Napoléon. Avant chaque bataille, Napoléon haranguait ses soldats. Il avait tout compris, il disait « Je gagne mes batailles avec le rêve de mes soldats ». Pour gagner la prochaine bataille, il faut rêver un peu, solliciter son imaginaire, sa créativité, pour comprendre ce qui vous fait vibrer. C’est ce que j’explique dans mes formations. J’ai fait ma première formation il y a une semaine, avec 6 personnes, alors que tout était déjà prêt depuis un moment. J’avais simplement à appuyer sur le bouton. Le confinement a bouleversé mon quotidien, en m’obligeant à avancer. Faire une conférence en ligne, gérer le côté technique, les interactions entre les personnes, ce n’est pas si simple. Pour revenir au confinement, je pense que ça va changer globalement la façon dont les gens vont envisager le monde du travail. Ce sera super sympa de travailler avec d’autres personnes, mais aussi de travailler chez soi en évitant les temps de transports, en profitant de moments avec ses enfants, etc. Tout ça, ce sont des avantages énormes. Et je le vois déjà autour de moi. »

Vous pouvez retrouver Carole Chanlaut sur son site Internet, mais également sur sa page Facebook.