Carolina Covarelli : « Le parcours vers l’entrepreneuriat a été long et réfléchi et, surtout, il est passé par une formation »

Carolina Covarelli fait partie de ces profils ayant choisi de réinventer la dernière partie de leur carrière. Passée du secteur du prêt-à-porter à celui des créateurs, avant de faire un crochet par les PME BtoB, cette italienne arrivée à Paris il y a 25 ans de cela – pour y rester depuis – revendique une formation variée et complémentaire l’ayant aidé à se remettre en question en permanence. Sans manquer toutefois de nuancer : « Cela n’a pas été toujours le cas. J’ai une carrière de plus de 25 ans, comme salariée, dans le monde du prêt-à-porter pour des grandes marques du retail (Naf Naf, Promod), des créateurs (Marithé Francois Girbaud, Alain Mikli), et des PME BtoB (Sahinler). De coordinatrice style (style et tendance) à coordinatrice d’image de marque et communication (marketing et web), mon rôle a toujours été d’harmoniser, coordonner et créer de la synergie et de la collaboration entre les gens et les équipes : soit de faire coopérer des départements qui souvent travaillent par silos. »

Une carrière complète, mais malgré tout remise en cause ces dernières années, jusqu’à déclencher une remise en question : « Il y a cinq ans, le retail a commencé à souffrir et l’ambiance s’est vite détériorée dans les équipes par peur de perdre sa place. J’avais 46 ans (aujourd’hui j’en ai 51), j’avais un bon poste et trois enfants encore petits : je ne voyais pas de futur pour moi à l’intérieur de ce système, mais je ne savais pas non plus comment progresser et continuer. Le parcours vers l’entrepreneuriat a été long et réfléchi et, surtout, il est passé par une formation. C’est à ce moment que je me suis rapprochée à l’antenne lilloise de l’Apec pour revoir les choses de base : lettre de motivation, CV, entretien, etc. Je ne suis pas tout de suite tombée sur le bon coach, mais au bout de quelques mois, j’ai trouvé un interlocuteur en mesure de me faire avancer. Évidemment c’est notre force intérieure qui nous motive à changer, mais c’est aussi fondamental de rencontrer quelqu’un qui fasse office de point de repère, qui nous permet avec ses remarques, ses objections, ses conseils de nous faire progresser. J’ai compris que j’avais beaucoup d’expérience, mais que ma formation manquait d’une remise à jour, surtout pour tout ce qui concernait les compétences liées au digital. J’ai ainsi décidé de reprendre les études. »

Carolina Covarelli
Carolina Covarelli

Un virage à 180 degrés que Carolina n’imaginait pas il y a quelques années de cela : « Je vous assure que jamais j’aurais imaginé à mon âge et à ce point de ma carrière, de reprendre les études. Ma décision a été radicale : j’ai demandé un Fongecif et j’ai décidé de suivre un MBA (Master 2) dans la communication et marketing digital en full-time. Cela veut dire que j’ai repris les cours pendant six mois six heures par jour, avec une vingtaine d’étudiants, qui avaient moins de la moitié de mon âge ! ».

Et d’ajouter : « Ca n’a pas toujours été facile, mais c’était passionnant : j’ai appris pleine des choses nouvelles, je me suis sentie renaître, prête à une nouvelle vie. J’ai acquis une nouvelle mentalité, plus agile, des méthodologies de travail horizontal et pas vertical. J’ai surtout appris à me remettre en permanence en question (chose que je ne faisais pas auparavant) et à m’adapter à des situations pas toujours évidentes. Au bout de six mois d’études et d’examens, j’ai dû faire un stage de six mois et un rapport de stage pour valider mon master. C’est à ce moment, pendant mon stage dans une PME, que j’ai compris qu’une autre voie pouvait s’ouvrir pour moi. J’ai en effet compris qu’après autant d’expériences auprès de grands groupes de retailers, il y avait un gros potentiel pour moi auprès des plus petites structures, qui n’avaient pas en interne des départements de communication et qui, en plus, n’avaient pas encore démarré le procès de transformation digitale lié à leur image et leur communication (inbound marketing et brand content via les réseaux sociaux, le site web, blog, etc). C’était l’occasion pour moi de prendre un tournant important : j’ai quitté la société pour laquelle je travaillais depuis 18 ans et je me suis lancée comme indépendante. Jamais je n’aurais pu le faire sans avoir fait cette formation, car cette formation m’a aussi redonné une incroyable visibilité et m’a permis de me créer un réseau professionnel très solide.  »

Bien sûr, comme tout entrepreneur, Carolina Covarelli a rencontré des difficultés, plus particulièrement dans son obligation à devenir multitâche : « Décider de passer indépendante, après avoir été toute sa vie salariée, ce n’est pas chose facile, car on se retrouve, tout d’un coup, à être multifacettes. Cela demande non seulement d’être top dans son domaine, chercher des nouveaux clients et savoir vendre ses services, mais il faut aussi être un bon comptable, juriste, etc. C’est pour cela que j’y suis allé de façon graduelle. J’ai démarré en portage salarial, un système qui me paraît très intéressant pour se soulager de toute la partie administrative et garder tous les avantages salariaux (protection sociale, mutuelles, assurance chômage, etc). Par la suite, je me suis rapprochée de la BGE, un organisme qui accompagne les entrepreneurs pour voir quelles démarches suivre pour devenir entrepreneur et surtout quel statut juridique aurait pu mieux me convenir. Aujourd’hui je suis en couveuse avec cet organisme, pendant quelques mois encore. Je pense qu’à la fin, selon les clients et les projets, je vais cumuler le statut du portage salarial avec le statut d’entrepreneur indépendant. »

Une fois de plus, l’importance de bénéficier d’un réseau est soulignée : « Quand on décide de se lancer en indépendant, il faut savoir être plutôt bien organisé et avoir un bon réseau. La partie la plus difficile est de se démarquer des concurrents avec une spécificité que les autres n’ont pas, et de démarrer avec ses premiers clients. Dans mon cas, je suis consultante en communication digitale et image de marque à Lille : il faut savoir qu’en Métropole lilloise il y a environ 280 agences et indépendantes, qui offrent les mêmes services que moi. Mes « hard skills » par rapport aux autres concurrents c’est d’être à cheval entre le passé et le présent : avoir une expérience et une méthode de travail, que les millennials n’ont pas, et avoir acquis des compétences numériques pas forcément maîtrisées par les gens de ma génération. Mes « soft skills » sont écoute, passion, curiosité, organisation : ce sont des qualités qu’on pourrait démontrer dès qu’on aura les premiers clients. En suite ça marche par effet « boule de neige ». C’est pour cela que c’est fondamental de faire du réseautage pour se faire connaître : online et offline, en présentiel. Depuis un an consultante freelance, j’accompagne les petites entreprises (surtout PME et ETI) à créer, développer et maitriser leur communication et e-réputation. Dans la direction artistique, la gestion de projets ou le brand content. Mon domaine de compétence étant la mode et la communication digitale, je réalise un diagnostic, je donne des recommandations et j’assure l’accompagnement pour la mise en place de tous projets de communication liés à l’image de marque. »

En guise de conclusion, cette jeune entrepreneuse distille quelques conseils à ceux et celles qui souhaitent changer de carrière et se lancer à leur tour : « Je pense que les freins le plus difficiles pour se lancer sont l’aspect financier et la confiance en soi. Ce sont de vraies peurs que je partage, c’est pour cela que pour s’aider à les dépasser, il faut parfois se faire accompagner (coach, psychologue, témoignage d’autres entrepreneurs, etc.) pour se rendre compte que c’est vraiment possible de réussir. Surtout pour des gens de notre génération, car aujourd’hui tout va très vite et nous devons aussi savoir nous adapter et changer en permanence pour assurer notre continuité et ne pas être mis à l’écart. Je vois parfois de gens qui sont dans la communication qui n’ont aucune activité en ligne : comment peut-on travailler dans la com’ et ne pas communiquer ? L’autre chose fondamentale, c’est le réseautage et la qualité du réseautage, car en tant qu’indépendant, il faut aussi savoir s’entourer des compétences complémentaires aux nôtres auxquelles pouvoir faire appelle en cas de besoin. »

Retrouvez le site Internet de Carolina Covarelli au bout de ce lien : CiCi consulting – Communication digitale et image de marque BtoB BtoC. Et retrouvez-là sur les réseaux sociaux : LinkedIn, Twitter et Facebook.